Une courte présentation du Marxisme


La particularité de l’œuvre monumentale de Karl Marx et Friedrich Engels, c’est que comme elle a été élaborée sur une période de plusieurs décennies, et exposée outre dans l’œuvre majeure qu’est « le Capital », dans une quantité d’articles ou d’opuscules par l’un ou l’autre des deux compères, la présenter est une gageure car il y a de multiples possibilités de commencer l’exposé, mais quelque choix qu’on fasse on sera toujours contraint de faire de multiples renvois à d’autres parties de l’œuvre.

Ainsi Marx lui-même, qui a conçu  « le Capital » sur plusieurs décennies, commence le livre I par « la marchandise », mais dès le début il renvoie sans cesse à des concepts présentés plus tard dans les autres chapitres, sections, parfois écrites plus tard que le chapitre sur la marchandise.

La présentation ci-après n’a aucune prétention à l’exhaustivité, tant l’exhaustivité ne peut se réaliser par la lecture des œuvres complètes, [ce qui pour plusieurs personnes qui ont réalisé cette performance nécessite un travail de trois années continues].

Elle a , elle aussi, été rédigée sur plusieurs années et privilégie l’approche historique réalisée par Marx dans sa phrase fameuse: « l’histoire de l’humanité est l’histoire de la lutte de classes ».
Plusieurs « modes de production » reposant sur l’exploitation d’une classe par une autre se sont succédés. C’est cette évolution qui est présentée, permettant au passage d’évoquer avec humilité les concepts majeurs de la théorie qu’on appelle Marxisme.

L’évolution des systèmes sociaux, à la lumière de l’analyse marxiste

 

Des systèmes sociaux différents se sont succédé dans l’histoire de notre continent tout au moins : aujourd’hui nous vivons dans un Système Capitaliste (ou Mode de Production Capitaliste) : je propose rapidement l’élucidation/décryptage des ressorts du fonctionnement de ce système, (système Économique inscrit dans un espace géographique déterminé : l’Espace Français, lui-même intégré dans l’espace Européen, et plus généralement dans l’économie mondiale à l’heure du libre-échange et de la globalisation).

Voici quelques notions de base qui expliquent  ce système peut se décrire.

Bref rappel de l’évolution des systèmes sociaux

La préhistoire, les sociétés primitives.

L’homme vit en tribus. Il satisfait (s’il peut) ses stricts besoins alimentaires et les commodités nécessaires à la reproduction de l’espèce. Pour cela il chasse, il cueille, il pêche, et c’est tout.

Pour ce faire l’homme est seul et libre : il assure sa propre survie et celle des siens.

Puis la liberté des hommes est mise à mal par l’accaparement du pouvoir économique et politique par quelques puissants, et l’histoire de l’humanité devient l’histoire de « l’exploitation de l’homme par l’homme » et « des luttes de classes » des classes exploitées contre les classes exploiteuses.

Le système esclavagiste

Ce système s’est développé il y a des milliers d’années. Alors tous les hommes n’ont plus été libres et autonomes. L’asservissement de la grande masse par quelques uns a commencé :

*Les hommes libres, citoyens, dirigeants d’un côté,

*Les esclaves de l’autre. L’esclave a toujours sa capacité à travailler, cultiver, chasser, etc. mais l’intégralité du fruit de son travail appartient au maître (ainsi que sa personne et sa vie)

Tout ce que l’esclave produit appartient au maître : en contrepartie ce dernier fait en sorte qu’une partie de cette production soit consacrée à nourrir et loger l’esclave, afin qu’il se reproduise : rien de plus.

C’est la première forme, la plus sauvage

Le Système Féodal

A la fin de l’Empire Romain d’occident (4ème siècle environ) le système esclavagiste cède la place  au « système féodal »:

*D’un côté les nobles et le clergé sont propriétaires de droit de tout le patrimoine : terres, maisons, etc.

*De l’autre les serfs, n’appartiennent plus au noble, mais ne possèdent rien : ils exploitent les terres et doivent rétrocéder au noble (ou au clerc), en nature, la quasi-totalité de ce qu’ils produisent sur les propriétés de ceux-ci, ne gardant que ce qui est nécessaire à la stricte survie de leur espèce laborieuse.

En sus on trouve la catégorie différente des artisans qui exercent, dans la protection/carcan des « corporations », les métiers découlant des progrès techniques qui sont intervenus au fil des siècles : maréchaux-ferrants, charpentiers, savetiers, tisserands et autres compagnons. Apparaissent progressivement les marchands, qui échangent les denrées produites localement (serfs, compagnons) contre des matières rares, nobles, exotiques venues d’autres contrées (épices, tissus, joyaux, métaux rares). Ceux-là s’autonomisent progressivement de plus en plus, jusqu’à administrer des bourgs marchands, mais ils n’exerceront toutefois jamais le pouvoir politique réservé  aux nobles et au haut clergé.

A partir du 16ème -17ème siècle, les progrès techniques croissants permettront de satisfaire de satisfaire des besoins grandissants des tenants du pouvoir politique, mais également de la partie du tiers-état à leur service (marchands, banquiers, médecins, juristes…) : ces besoins croissants vont provoquer l’apparition des premières manufactures.
Par rapport à la noblesse toujours plus  parasitaire pour la vie du pays (vie oisive et somptuaire, guerres), le tiers-état produisant les biens et services nécessaires à la satisfaction des classes dirigeantes  devient à son tour de plus en plus important et met en œuvre les progrès techniques décisifs du 18ème siècle (découverte et exploitation du charbon, invention de la machine à vapeur,…) : il est inévitable que les plus riches veuillent  devenir plus riches et  plus puissants, et parallèlement exercer le pouvoir politique, à la mesure de la richesse qu’ils apportent au pays.

On arrive donc inévitablement à la Révolution Française. A partir de la pression d’une partie des bourgeois, jointe aux révoltes du « petit peuple », se produit un basculement de Régime : l’abolition de la monarchie, de la noblesse, et la prise du pouvoir par les éléments les plus radicaux du tiers-état.

Le système capitaliste: actuel « mode de production ».

Cette Révolution a été à la fois populaire et bourgeoise : si les pauvres ont fourni les gros bataillons des insurgés, ce sont les bourgeois, capitalistes, qui recueillent le pouvoir Politique.

Sur le plan économique, à la soumission du serf par le noble, se substitue le rapport de soumission de l’ouvrier, du « prolétaire » par les nouveaux maîtres, propriétaires du Capital.

Sur le papier des constitutions et de la « déclaration des droits de l’homme et du citoyen », tous les citoyens sont libres et égaux, mais dans les faits, cela se traduit par la liberté des uns (les Capitalistes) d’établir un rapport d’exploitation des travailleurs par le contrat de travail salarié.

Dans le nouveau système, le travailleur, en position de faiblesse sur le « marché du travail » par rapport aux  employeurs, vend à son Patron, le seul bien dont il dispose : sa « force de travail », contre un « prix » : le salaire.

Quel est le « prix » de la force de travail ? Comme pour tout marché : le prix s’établit à sa « valeur » : l’argent nécessaire à l’acquisition des seules denrées nécessaires à l’alimentation, l’habillement, et le logement pour assurer l’entretien, et la reproduction de cette force de travail en fondant une famille pour fournir de nouveaux ouvriers pour la production de demain : le salaire ne lui permet ni  éducation (l’école obligatoire fera son apparition 70 ans plus tard), ni loisirs, ni soins médicaux ou sociaux. Le malade, l’estropié sont pris en charge par les « œuvres de charité» privées, survit de mendicité ou meurt prématurément. Lui et sa famille sont logés dans des conditions indignes, dans des taudis,

En contrepartie, le Patron dispose d’un droit quasi illimité d’utiliser cette force de travail dans ses ateliers : durée de la journée de travail de 12 à 15 heures, travail des enfants dès 6 ans, dangerosité du travail, pas de protection sociale ni médicale, etc.

Il en résulte que la « valeur » des marchandises créées parle travailleur, proportionnelle aux nombre d’heures travaillées, excède (et de loin) le montant du salaire qui lui est versé : la différence entre la traduction monétaire de la valeur produite et le montant du salaire, va dans les caisses du Patron : c’est la « plus-value ».

Marx démontre que cette plus-value est la seule source du profit du Capitaliste (et non les transactions avisées du vendeur qui vendrait sa marchandise plus cher que son prix de revient (phénomène qui ne se retrouve que dans la spéculation)

Dans ces conditions, au  début du capitalisme des fortunes considérables se constituent.

Du 18ème  au 20ème siècle, on passe de la manufacture ou l’usine, à l’entreprise multi- établissements. Une impulsion nouvelle est donnée par les découvertes pétrolières et l’invention du moteur à explosion. Dès lors d’immenses entreprises se développent (les groupes, trusts, cartels…),

En outre la colonisation est menée dès le début du 19ème siècle : elle gonfle les profits des entreprises, par les mécanismes de l‘esclavage, ou de la sous-rémunération des populations indigènes. Il en résulte un pillage accéléré des ressources de la planète. La colonisation s’achève au 20ème siècle, suite aux guerres de libération.

Mais elle cède alors la place à une forme néocoloniale « d’échange inégal » selon le terme proposé par l’économiste Samir Amin.

Après les deux guerres mondiales et la décolonisation, la fin du 20ème siècle voit l’économie se mondialiser, et se financiariser.

L’évolution des besoins sociaux- Le Compromis fordiste : les 30 glorieuses

Des besoins vitaux aux « besoins sociaux »

A partir du milieu du 20ème siècle, du fait:

-de la prise de conscience des travailleurs et des luttes sociales qui en résultent,

-de la montée généralisée du productivisme, qui fait que les entreprises de biens de consommation, ont besoin de débouchés intérieurs importants par la consommation populaire de masse, pour produire plus et augmenter les profits des entreprises (ex très significatif de l’automobile : apparition de la « doctrine Ford »)

-des progrès techniques et des innovations, qui aboutissent à mettre continuellement de nouveaux produits sur le marché (électroménager, équipement de la maison, motorisation)

… les besoins des travailleurs ont changé de nature : de simple besoins de survie alimentaire liés à la seule survie de l’espèce, ils sont devenus des « besoins sociaux », plus complexes :

Alimentation + éducation publique + soins de santé + couverture sociale + loisirs et vie sociale et culturelle  + logement abondant (imposé par le baby-boom de 1945-1947) et décent + équipement  électroménager + transports collectifs (métro et tramway au début du 20ème siècle) puis individuels (invasion de l’automobile à partir des années 1930 à 1950).

C’est à la satisfaction de ces « besoins sociaux » que le niveau des salaires doit s’adapter.  

« Les 30 glorieuses »

Face à l’explosion de ces besoins et à leur force (grèves de 1936, 1947, 1968…) les salaires sont amenés à ne plus couvrir, seuls, les besoins.

D’autant qu’un certain nombre de ces besoins se traduisent par une « demande non solvable » de la part des plus pauvres.

Une stratégie des pouvoirs capitalistes, légitimée et exprimée théoriquement par l’économiste Keynes, se développera au cours des « 30 glorieuses ». Elle se caractérisera notamment par des salaires élevés, une protection sociale développée, et une politique de développement de Services Publics (santé, aide sociale, écoles publiques, transports publics) Cette spécificité des pays développés, sera très nette en France (cf. le « modèle social français »)

Cette époque est celle du « compromis Fordiste ». Cette politique de la plupart des pouvoirs dans les pays capitalistes convient au patronat, dont les entreprises  sont de plus en plus concentrées mais, jusqu’aux années 1980, pas encore mondialisées (l’Europe est balbutiante avant 1960, les barrières douanières protègent longtemps le marché intérieur de la concurrence des entreprises étrangères). Les politiques publiques redistributives leur créent des débouchés intérieurs pour écouler la production de leurs usines et leur assurent un « Environnement économique » propice à l’exercice d’une activité profitable, qui bénéficie d’une demande abondante.

Le retour au libéralisme : la régression néolibérale.

Vers les années 1970 à 1980, selon les historiens, les analystes à la solde du Capital concluent que la politique menée dans la période précédente a conduit le rendement des capitaux investis à régresser, à tout le moins à stagner.
Parallèlement la structure du Capital se modifie voyant le capital financier international (donc apatride, même si la base est souvent étasunienne) prendre de plus en plus d’importance (Banques, Assurances, Fonds de Pension). Et la caractéristique de ces capitalistes-là est d’exiger un « retour sur investissement » (rendement des fonds investis) bien plus important que celui dont se satisfaisaient les actionnaires des firmes industrielles jusque là. Là où 5% étaient considérés « honnêtes » par un actionnaire, l’exigence de l’actionnaire financier apatride atteint ou dépasse 20%.

Partout dans le monde, des majorités politiques satisfaisant cette branche offensive du Capital arrivent au pouvoir. Tchatcher en Grande-Bretagne en 1979, Reagan aux USA en 1981 lancent le mouvement dans un premier temps, puis les uns après les autres les Etats européens, aidés en cela par le libéralisme fondamental de l’Union Européenne, voient des majorités social-démocrates remplacées par des majorités conservatrices.

En même temps, le mouvement social-démocrate, en France et en Allemagne particulièrement, se convertit au social-libéralisme.

Le mouvement s’étend d’autant plus implacablement que dans  la science économique officielle, le libéralisme triomphe et prend le statut de pensée unique, et que la presse de plus en plus concentrée se fait le relais exclusivement des dogmes libéraux ou sociaux-libéraux.

Nous sommes aujourd’hui, dans une situation à bien des égards catastrophique.

La part des revenus du travail dans le PIB a reculé de 10 points au profit de ceux du Capital, les services publics sont partout attaqués, l’équilibre budgétaire des États est devenu la norme intransgressible, le précariat est devenu la règle dans le droit du travail, alors que le chômage de masse s’accroit (accréditant la théorie de Marx de « l’armée industrielle de réserve »), la propriété des capitaux est concentrée dans un nombre de plus en plus réduit de mains , et les riches sont de plus en plus riches, l’évasion fiscale des capitalistes bat son plein, les cotisations sociales sont rabotées pour diminuer ces « charges » salariales, que le patronat présente comme le frein majeur à la croissance.

Il n’est pas douteux qu’en dépit de certains succès -déjà anciens- la classe ouvrière voit son rapport de forces dans la lutte de classes se dégrader, et les batailles exclusivement défensives menées sont très souvent perdues.

Bernard Friot analyse ainsi que les travailleurs perdent depuis que les luttes des travailleurs pour le salaire ont laissé la place à celles pour l’emploi.

Conclusion

On se trouve en ce début du 21ème siècle, dans un système de plus en plus implacable d’exploitation économique par des entreprises mondiales.

Et en un peu plus de deux siècles, outre qu’il continue d’exploiter la ressource humaine, le Capital a surexploité les ressources planétaires naturelles, gratuites, nous plaçant aujourd’hui dans une situation de grande incertitude concernant la survie de  notre planète, au-delà des années 2050.

Dans ce contexte, il est nécessaire de relancer les luttes et contrecarrer la résignation de la classe ouvrière et du salariat (les jeunes particulièrement) en tirant les leçons de décennies d’échec et en traçant une voie nouvelle pour repartir à l’offensive.

Plus que jamais depuis que Lénine a posé la question au début du 20ème siècle, celle-ci reste: « Que faire? »

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