« Kaec est la première ville cotée en Bourse au monde»


Fahd Al-Rasheed est le PDG d’EEC, l’entreprise chargée de gérer et de développer King Abdullah Economic City, une ville privée de 180 km2 située au bord de la mer Rouge, en Arabie saoudite.

A quoi ressemble le rôle du PDG d’une ville ?

Je pense que les villes sont habituellement dirigées par des politiciens, qui sont en général élus ou désignés. Et le fait que ce soit un rôle politique pose parfois problème. Pour moi, diriger une ville est avant tout un rôle opérationnel, exécutif. Diriger comme un exécutif plutôt que comme politicien est en fait très bon pour la ville.

Quel est le rôle de l’entreprise pour laquelle vous travaillez, Emmaar ?

Nous sommes la première ville cotée en Bourse au monde, sur la Bourse saoudienne. Emmaar est le leader du consortium chargé de développer la ville et possède 30 % des parts, 40 % appartiennent à d’autres grandes entreprises, et 30 % sont cotés. Le projet a été mis en Bourse en 2006, dès le jour du lancement.

Est-ce qu’une ville peut garantir un retour sur investissement à ses actionnaires?

Une des bons aspects du secteur privé, c’est que par définition il doit créer de la valeur : je dois vendre plus cher que le coût de revient Je suis donc forcé d’être très attentif à la valeur que je crée, et à la façon de la partager entre les habitants et les investisseurs. A l’inverse, les gouvernements ont parfois du mal à créer de la valeur avec les services : ils en connaissent le coût, mais le prix qu’ils facturent aux administrés dépend de facteurs politiques.

Comment financez-vous les dépenses de fonctionnement ?

Les villes du monde entier collectent des taxes, sur l’activité ou sur l’immobilier. Nous faisons la même chose, sauf que ce ne sont pas des taxes mais des frais de service (pour la sécurité, le traitement de l’eau, la collecte des déchets…) que nous calculons de façon très transparentes : les données figurent dans nos comptes. Les habitants nous payent pour un service, pas pour financer une administration. Et comme ce sont nos clients, ils n’hésitent pas à se plaindre si le service est mal rendu. S’ils se plaignent, la ville peut changer de prestataire.
Comment établit-on le schéma d’une ville à partir d’une page blanche ?
La première règle a été de réduire le plus possible l’impact environnemental. La deuxième a été de limiter le besoin de transports en rapprochant les espaces de travail, de logement et de loisirs. Nous avons tenté de construire différentes communautés qui rassemblent les lieux ou les gens vivent, travaillent et se divertissent.

Combien de gens habitent actuellement ?

Pour l’instant c’est encore peu, de l’ordre de 3.000 personnes. Mais les entreprises arrivent les unes après les autres, avec leurs employés : Sanofi vient tout juste de s’installer, par exemple. Nous doublons notre population tous les six mois, et nous pensons atteindre 50.000 personnes d’ici à 2020, et 2 millions de personnes à long terme, à l’horizon 2035. Nous signons avec une compagnie par semaine, dont beaucoup d’entreprises françaises : Total, Alstom, Sanofi, Renault… C’est très important pour nous car l’objectif de cette ville est de créer des emplois : la population saoudienne est très jeune, donc nous devons créer énormément d’emplois.

Les villes privées visent souvent la partie la plus aisée de la population. Cela ne semble pas être le cas du projet KAEC. Pourquoi ?

Parce que nous voulons créer une ville qui soit durable, et pour cela nous avons besoin de concevoir différents types d’activités et donc de logements. Notre plan prévoit environ 20 % de logements abordables, 20 % destinés aux travailleurs, 30 % pour les classes moyennes et 20 % de logements haut-de gamme. Notre plan doit refléter ces pourcentages, et nous avons commencé à construire pour toutes ces catégories.

Est-ce qu’ils habiteront dans les mêmes quartiers ?

Non, car il y a des quartiers plus ou moins chers. Mais nous avons décidé de fournir les mêmes aménagements à toutes les communautés : si nous aménageons une plage pour les plus aisés, nous aménageons aussi une plage pour les travailleurs. Et nous voulons proposer de la mobilité sociale. La raison en est simple : quand vous créez des services haut de gamme, comme des hôtels ou des restaurants, vous avez besoin de main d’œuvre. Mais si vous ne prévoyez pas d’héberger cette main d’œuvre, vous allez créer soit des embouteillages, soit des bidonvilles, et dans les deux cas vous allez détruire de la valeur.

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